jeudi 18 octobre 2012

"Comme des pierres vivantes..."

Etudes bibliques "en vue de la prédication"


Les études bibliques mensuelles ont repris.
Nous commençons avec le thème de l'Eglise. Mercredi 17 octobre nosu avons étudié Marc 9 versets 33 à 50.
Vous trouverez ici une présentation des apports qui ont été fait par le pasteur animant cette étude et à venir, les apports des membres du groupe, les pistes de lectures possibles.
Parce que l'Evangile est vivant et qu'il parle chaque jour à chacun.

-->
Introduction

Durant cette année scolaire nous allons crée officiellement l'Eglise Protestante Unie de France.
C'est l'occasion de réfléchir à ce qu'est l'Eglise.
De quoi parle-t-on lorsqu'on prononce le mot « église »?
Le terme est directement dérivé du terme grec « ekklesia » qui signifiait un rassemblement de petit taille et que l'on prononcait d'ailleurs « eglésia » dans le grec ancien. Le terme serai construit à partir de « kaleo » signifiant « appeler » et de « ek » signifiant « hors de, à partir de » (préposition dénotant une origine (point d'où l'action ou le mouvement procède)). Ainsi, le mot porte en lui-même deux chemins de compréhension possible : un petit groupe qui se coupe de ou bien qui est appelé par quelqu'un, pour quelque chose?

 
-->
Mais la réalité actuelle est bien plus complexe grâce à l'histoire chrétienne qui est venue accaparer ce mot et lui donner ainsi une signification bien plus riche.
Dans le Nouveau Testament le mot apparaît quelque fois sans être très courant. Il est même rare dans les évangiles.
Il n'est pas présent dans l'Evangile de Marc. Mais cela n'empêche pas que la thématique soit présente en particulier dans les propos que Jésus adresse aux disciples.

Introduction à la péricope :

Contexte large
Ce passage se situe après le récit de la Transfiguration donc dans la seconde moitié de l'évangile où les menaces contre Jésus s'intensifient et où l'épreuve de la Passion s'approche.
Située entre la deuxième annonce de la Passion (Mc 9,30-32) et la troisième
(Mc 10,32-34), la péricope est incluse dans une série d’enseignements
destinés non pas à la foule, mais aux disciples, aux Douze, sur ce qui fait
particulièrement problème entre eux : un ordre de dignité entre disciples (hiérarchie interne) et, plus largement, une légitimation du groupe des disciples
(l’institutionnalisation du groupe). Même quand il y a rencontre particulière
comme avec l’homme riche (Mc 9,17-31) ou les pharisiens (Mc10,2), l’enseignement final vise les douze disciples, qui sont porteurs dans cet évangile
des problèmes et problématiques de la vie communautaire. Il s’agit du «temps
des disciples», d’un temps de formation par des enseignements pratiques

où le disciple est appelé à vivre sa foi dans ses relations quotidiennes: au
sein de la communauté des croyants (Mc 9,38-50), mais également au sein
de sa famille (par exemple : mariage et divorce en Mc 10,1-12, ou quitter
père, mère, frères, sœurs en Mc 10,29-30).


Deux problématiques traversent ces enseignements : celle de la nouvelle
interprétation des Ecritures, alors lues à travers la loi de Moïse (question sur le
divorce, les commandements selon l’homme riche) et celle de l’appartenance
à un groupe. Notre péricope 9,38-50 relève de la seconde problématique.

Contexte proche

Marc 9,30 à 10, 45 est scandé à deux reprises par la question de «qui est le plus grand», avec la démonstration d'un Royaume de Dieu ouvert à ceux qui accueillent des enfants (9,36), puis à ceux qui sont comme les enfants (Mc 10,13)
Apparemment, cette question de l’accueil des petits fait problème au sein
du groupe des proches disciples (les Douze, 9,35); elle ne sera pas résolue
puisqu'elle sera reprise par la demande de Jacques et Jean (10,35-36). Jésus
y répondra, non plus avec l’image de l’enfant, mais avec celle de l’esclave, car la question n’est pas de qualifier qui est digne ou pas d’être appelé disciple, ni d’établir un classement, mais d’essayer de suivre le Christ et de le laisser faire «son travail».

-->
Commentaires.

A qui s'adresse-t-il ?
Passage qui semble constitué de plusieurs phrases de Jésus pas forcément prononcées en même temps mais rassemblées au moins dans la mémoire des rédacteurs. D'où la nécessité de créer l'unité du passage par des tournures de phrases et des conjonction répétées : « au nom de » « celui qui »

Le texte, après avoir évoqué les personnages de Jean et de Jésus, ainsi qu'un inconnu qui chassait les démons au nom de Jésus, emporte le lecteur dans un tourbillon de pronoms ou de mots faisant références à des personnages non clairement définis : nous-moi-nous-vous-quiconque-ces (petits)-on-ta/ton/tu-chacun-vous. Le passage rapide d’un pronom à l’autre peut provoquer non seulement la question «qui est qui ?» mais aussi «et moi, suis-je concerné ?».


Qui suivre ? Au v.38 : récit de Jean qui vient dans une argumentation de Jésus à propos de la place de chacun au sein du groupe des Douze. Jean semble se poser la question de la place du groupe des Douze au sein de la société.
Il ne pose pas de question mais le récit souligne l'action des disciples, comme s'il attendait la confirmation de leur action par Jésus.
« Il ne nous suivait pas » : étonnant car c'est le seul endroit dans les Evangiles où il est question de suivre le groupe des Disciples.
En plus, il s'agit d'un « nous » dont Jésus ne fait pas partie !
Dan sl'Evangile de Marc les miracles que Jésus accomplit sont des signes du Royaume. Qu'en est-il si leur auteur n'appartient pas au groupe de ceux qui suivent les disciples ? La logique de Jean est celle d'une exclusive appartenance au groupe.

v.39 : Suivre Jésus n’implique pas une appartenance au groupe qui le suit sur le chemin, mais bien un agir en son nom. Jésus recentre sur sa personne. Nul besoin de groupe institué, une relation personnelle suffit pour que la confiance (la foi) soit manifestée.


Qui fait parti du groupe?
Verset 40 Jésus revient au groupe des disciples pour le définir non de manière exclusive, comme Jean, mais de façon inclusive : «qui n’est pas contre nous est pour nous». Nous sommes face à une définition très large de la communauté.
Matthieu 12,30 et Luc 11,23 sont très différents car ils font dire à Jésus : «celui qui n’est pas avec moi est contre moi». Matthieu et Luc sont dans une logique d’intégration («avec»/meta), Marc est dans une logique d’adhésion («pour»/uper). Pour Marc, les critères d’appartenance au Christ sont réduits : agir en son nom, ne pas être contre suffisent; les limites du groupe éclatent à tel point que personne ne peut savoir où elles sont.


Enjeux

Comment être chrétien?
L’Eglise, comprise comme un rassemblement communautaire de disciples
du Christ, ne se définit pas par des limites, des frontières mais par son
centre : Jésus Christ; dans ce passage Jésus dit qu’agir en son nom suffit.

Du coup, il ne s’agit plus de se poser la question de l’appartenance mais de
la reconnaissance :

- reconnaissance que le Christ agit en l’autre (l’exorciste hors du groupe);

- reconnaissance que l’autre m’accueille au nom du Christ (cf. celui qui

donne le verre d’eau).


Pour Jésus, il n’y a pas de «dedans» ou de «dehors» ou, alors, les frontières
sont brouillées depuis le discours inaugural de son enseignement, le discours
sur les paraboles et le pourquoi des paraboles (Mc 4).

Ce qui compte, ce n’est pas de repérer le chrétien (qui l’est ou pas, plus ou
moins), mais de repérer le Christ et la puissance de son nom qui fait entrevoir
le Royaume. Et l’Eglise n’est pas le Royaume : Jésus répond aux Douze sur
la vie communautaire (et même hardiment, dans les v. 42-50) mais rappelle
que l’essentiel n’est pas la constitution d’un groupe, mais le surgissement
du Royaume dans le présent.

On pourrait résumer : ayez du sel, garder votre ardeur, vivez en paix avec
les autres et n’empêchez pas les signes du Royaume de se manifester, car
vous ne contrôlez pas cet avènement !


La nature du disciple:
Jésus souligne qu’un disciple du Christ peut être un petit qui a besoin d’un
verre d’eau. Donc ce ne sont pas l’exploit ou l’échec qui font le disciple, mais
d’abord une dépendance assumée au Christ : se reconnaître comme un
petit qui a besoin d’un verre d’eau (comme le père de l’enfant épileptique
reconnaîtra un autre manque : celui de la foi, Mc 10,28).


Personne ne peut s’auto-proclamer disciple, c’est aussi le regard de l’autre

qui m’accueille... qui dit que je suis du Christ.
Etre disciple, c’est accepter d’être accueilli (par le Christ et par l’autre) et du coup
être appelé à accueillir, ou du moins à ne pas empêcher ni scandaliser.


La foi est un pouvoir qui ne se possède pas

Le seul pouvoir autorisé est : «ne l’empêchez pas» (cf. v. 39). L’exhortation
est reprise concernant d’autres petits, les enfants (10,14). Ce pouvoir ne se
manifeste que si l’on ne s’en sert pas. Le seul pouvoir des disciples, c’est la
responsabilité d’apprendre à vivre avec les autres (en gardant le sel de leur

foi) et de savoir reconnaître les signes du Royaume :

chez l’autre, même s’il n’appartient pas «au groupe», car le Royaume vient
et l’homme ne sait comment,

ou chez un de ces «petits qui croient» car le Royaume vient dans ce qui
est petit et est appelé à grandir.

La responsabilité du disciple est que l’Eglise ne fasse pas écran aux surgissements du Royaume, mais plutôt qu'elle y participe... petitement !


Pour la prédication.

Un texte pour un auto-examen communautaire

Ce qui nous saute aux yeux (aux oreilles) sont les images violentes, le vocabulaire étrange qui semble appartenir à un autre monde, ainsi que la question
de l’exorcisme qui n’appartient pas à notre culture protestante réformée.

Dans son langage, ce texte nous prend à «rebrousse-poils», il nous pousse
à un auto-examen. Car le débat demeure même si les langages diffèrent.

Par exemple : pour nous, l’Eglise est-elle un club avec des adhérents ? Un
parti pour le Royaume ? Un groupe d’action et de pression ? Qu’est-ce qui
fait l’appartenance à un groupe ? A une Eglise ? La confession de foi, les
actions, l’impact médiatique, la cotisation... ? Est-ce important de mettre
des limites à la définition de l’Eglise ?

Aujourd’hui, nous sommes très accros de l’identité, du repérage, du rite
d’appartenance, un sentiment qui n’est pas le même pour ceux qui sont
chrétiens depuis des générations, pour ceux qui ont choisi de l’être, ou pour
les pratiquants et les distancés de nos vies d’Eglises locales.


Il y a ceux qui portent l’Eglise, ceux qui s’en servent quand bon leur semble
(pour les baptêmes, mariages ou enterrements...). Il y a ceux qui donnent
tout à l’Eglise et s’imaginent que tous devraient en faire autant; et ceux qui
partagent leur engagement entre l’Eglise et d’autres associations. Ces derniers sont-ils moins chrétiens ?

Posées ou non, ce sont des questions qui germent ou circulent parfois silencieusement dans une Eglise et qui sont un bon ferment pour du conflit...

Pas facile à vivre ou même à accepter ce rassemblement de fois hétéroclites
qu’est une Eglise.

Un texte qui remet en cause chacun

L’enseignement de Jésus tutoie chacun, personne ne peut considérer qu’il
parle pour son voisin ! Les images sont violentes; il n’est pas nécessaire de
les prendre au pied de la lettre, mais ça fait mal quand même car chacun
peut se voir taxer d’être l’intégriste de l’autre. La question, le problème
du pouvoir, est finalement quelque chose d’intime; pour le résoudre, il faut
accepter un face-à-face avec soi... Le Christ nous y invite et ça fait mal de
devoir s’arracher à des convictions ou certitudes qui nous portaient, ça fait
mal quand on s’imaginait bien faire.

La question est aussi que ceux qui ont le pouvoir dans notre société ne sont
pas toujours au service des autres. Dans l’Eglise, qu’en est-il du conseiller
presbytéral ou paroissial, du pasteur, du catéchète et de bien d’autres ?
Pourquoi ai-je accepté la charge que j’occupe et qu’est-ce que j’en fais ?
Comment savoir si je ne suis pas occasion de chute pour quelqu’un ? Car
même en refusant toute responsabilité, notre vie humaine, notre vie chrétienne
touche aux relations humaines, et donc aux autres !